Les
territoires ignorés
Durant son histoire, l’homme a parcouru maints territoires,
mais en chemin il en a perdu bon nombre qui se révèlent
être aujourd’hui des absences essentielles si voulons
avancer vers ce que nous pensons être plus que le propre
de l’homme, « le principe d’humanité
», c’est-à-dire bien au-delà de ce
qui nous a été donné, ce que nous devons
accomplir pour être en accord avec l’idée
que nous nous faisons de notre dignité et de notre responsabilité.
Nous pourrions décliner les modalités, les raisons
de cette perte de bien des façons : désir de ne
pas voir, mauvaise conscience, oubli, inculture, barbarie, lassitude
ou indifférence, démission, trop plein d’images
et de sons pour ne citer qu’elles. Retrouver ces territoires,
dépendra de notre volonté et de la conscience
que nous avons de leur importance.
Et puis, il y a les territoires qui resteront totalement ou
en partie ignorés parce que notre nature humaine dessine
et fixe les limites de notre connaissance. Il en est ainsi de
l’autre et de nous-mêmes comme toujours »
étranges étrangers ». Profondeur et mystère
ne cesseront jamais d’avoir la part belle et s’il
est vrai que « l’ absolument étranger seul
peut nous instruire », selon la magnifique formule d’Emmanuel
Lévinas, nous devons nous en réjouir. Les angles
morts de notre savoir ne peuvent nous interdire d’élaborer
une connaissance certes imparfaite mais utile mais essentielle
au vivre ensemble d’aujourd’hui et de demain.